Chrétiens par tradition ou par conviction ?

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

Un de mes amis prêtres, revenant de voyage au Kerala, en Inde, me rapportait que les catholiques syro-malabars de cette région étaient quasiment à 100% pratiquants. Aujourd'hui, en France, les catholiques seraient 1,8 % de pratiquants. Le maire de l'une des communes où je me trouve me confiait qu'il célébrait plus de "baptêmes civils" qu'il n'y a de baptêmes à l'église. Et aux prêtres béninois qui sont arrivés il y a six mois dans le doyenné, je leur explique que dans notre pays la religion est très sociologique. On est éventuellement catholique par "tradition", on fait baptiser par "tradition". Ce formalisme s'explique en raison de l'histoire de notre pays. Depuis le baptême de nos rois de France, le pouvoir temporel et le pouvoir religieux se sont très longtemps confondus pour encadrer la population. Quand le pouvoir religieux s'et vu retiré ses privilèges temporels, nous assistons comme à un retour à la première chrétienté de l'histoire de l'Eglise, une chrétienté vulnérable et très largement affaiblie. C'est une chance dans la mesure où nous en prenons conscience, afin d'adapter notre évangélisation à la nouvelle réalité. Cela dépend de chacun d'entre nous et de nos évêques.

Le problème de ce "traditionalisme sociologique" n'est pas d'aujourd'hui. Déjà Erasme, au XVIe siècle, au temps de la Réforme protestante, écrivait : "Nous sommes chrétiens par le nom, par les habitudes, par les cérémonies, bien plus que par la conviction". (in Paraphrasis in Evangelium Matthaei, 1522). Erasme proposait alors une adhésion personnelle au Christ pour les baptisés qui ont atteint l'âge de puberté, devant la cité, après une catéchèse, un contrôle et un engagement solennel. Bien plus tôt, face aux païens des premiers siècles, le christianisme s'était distingué par la profession de foi. Il ne suffit pas d'être chrétien, il faut se dire chrétien, le professer. On endure le martyr pour ne pas renoncer à sa foi. Le prochain film de Scorsese, Silence, film qui sort demain en France, va nous le rappeler opportunément. Aujourd'hui même, d'après Ouest France (p.6), les évêques de la Province ecclésiastique de Rennes réunis à Créhen, auraient décidé de "consolider l'enseignement de l'Eglise, auprès des parents qui baptisent leurs enfants". En voilà une bonne idée, idée que j'essaye d'appliquer dans notre doyenné depuis mon arrivée en 2007. Parfois, dans ce domaine, je me sens un peu isolé, mais si nos évêques donnent un nouvel élan dans l'évangélisation des jeunes parents qui font baptiser leurs petits enfants, je crois que cela sera plus facile pour tout le monde. 

P. Jean-Eudes

Publié dans REFLEXION

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