EDUQUER L’INTERIORITE OU COMMENT DECOUVRIR L’INTERIEUR DE SOI

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

 Le cardinal hondurien Oscar Rodriguez Maradiaga est l'un des cardinaux les plus en vue en Amérique et dans le monde. Son livre d'entretien mérite d'être connu. Voici un extrait :


EDUQUER L’INTERIORITE

« C’est le grand défi de l’aventure humaine. Et c’est à chacun d’entre nous de le réaliser, sans minimiser l’importance de l’effort à fournir.

« Edifier sa personne demande une volonté et un courage que beaucoup n’ont pas. Les priorités de l’existence vont d’abord à la réussite sociale, l’investissement dans la pierre et la fondation d’une famille. Une fois la maison bâtie, le compte en banque fortifié et les enfants grandis, le soulagement de la réussite laisse rapidement la place à un vide intérieur qui croît sans que nous en saisissions le sens ou les causes.

« C’est la clé du développement humain.

« On peut s’étourdir d’activités pour fuir sa vérité intérieure. On peut vivre ainsi mais un jour ça vous claque à la figure. L’impression d’un grand vide que vous ne soupçonniez pas et qui vous envahit du jour au lendemain comme un raz de marée.

« La vocation de l’évangélisateur est d’aider l’être humain à se développer de l’intérieur, pas avec des bondieuseries, encore une fois pas de prosélytisme. L’intention n’est pas de dicter une conduite et de mettre Dieu à toutes les sauces, simplement d’aider l’autre à trouver son chemin, même s’il ne passe pas par une foi religieuse.

« Les individus doivent savoir écouter leur cœur. Cette faculté permet de puiser une grande force intérieure et une harmonie avec soi-même ; ce sont les ingrédients d’une vie sereine.

« Et ce ne sont pas que de belles paroles.

« Nos défauts sont en général connus parce que rapportés par un entourage jamais avare en critiques. C’est déprimant pour celui qui ne perçoit ni ses qualités ni ses travers. Il est impératif de cerner ses propres limites. J’œuvre en fonction de mes possibilités. Comme le dit le psaume 131 (130) : « Je n’ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges qui me dépassent ».

« Pour reprendre mon cas personnel, tous les matins en me levant, je me répète que ma mission est d’aider l’homme à se développer dans l’individualité et la collectivité. Le christianisme ne se porte pas comme un drapeau. C’est une aventure intérieure qui favorise ensuite l’extériorisation et l’ouverture aux autres. Ainsi laïcs et religieux ont les moyens de se retrouver dans une configuration sociale pour améliorer nos sociétés. Au niveau politique aussi, l’Eglise et l’Etat peuvent travailler ensemble.  L’évangile enrichit la vie parlementaire et réciproquement. D’ailleurs je me réfère constamment à la figure politique du Christ dans mes homélies : « Jésus est venu pour changer le monde et le monde a changé ». »


Cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, Entretiens avec Eric Valmir, De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin, Robert Laffont, 2008, pp.82-84.

Publié dans REFLEXION

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