LE PAPE : heureux est-il d'être autant vilipendé ! Cela donne envie de le soutenir.

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

" Il y a des jours où l’on deviendrait outrageusement et systématiquement «papiste». Du genre ultra. Il y a tant de gens occupés à suivre et poursuivre Benoît XVI comme une proie, dans la forêt de l’actualité, ainsi qu’une meute le fait au son des trompes de chasseurs et parmi les hurlements des chiens que pour cet homme traqué, ce pape allemand (vous vous rendez compte ? Allemand !) on a envie de faire rempart de sa pauvre plume. De lui apporter le menu renfort de son soutien rhétorique, d’autant plus méritoire qu’on n’a pas trop apprécié, ici, sa tendance à regrouper les brebis les moins présentables.

Ériger entre ce pape et certains de ces médias qu’il maîtrise si mal, un bouclier, une cloison de mots. C’est la moindre des choses quand on a un peu le sens de la justice, de l’honnêteté intellectuelle dès lors qu’on voit ceux-ci ouvertement bafoués : un vrai festival. Au fond, dans la défense des droits de l’homme, éminente discipline et généreux engagement, il ne devrait pas être interdit d’englober le pape. Il a, lui aussi, le droit de s’exprimer et de ne pas être trahi par ceux qui répercutent ses propos.

Donc, cette fois, Terre sainte. Israël, Palestine, voyage « à risques » (la presse). Attendu au tournant : c’est devenu une figure imposée que de se « payer » le pape. Guetté par mille paires d’yeux, par autant de micros. Et cela n’a pas manqué. Au coin du bois, vérification a été faite : il y avait une manière, jusqu’ici, d’attaquer ce pape, c’était de lui reprocher ce qu’il avait dit. Nous venons de franchir une seconde étape : on lui fait désormais procès non plus de ce qu’il dit mais de la manière dont il le dit. Et l’on a entendu des commentaires du genre « il est froid », « il ne manifeste pas d’émotion ». ne Et même cette incroyable appréciation : « Il aurait pu pleurer, quand même, à Yad un Vashem. ».

Prenons cela cependant dans le sens du progrès. Si, à propos de la Shoah, on n’en est plus à le soupçonner d’antisémitisme, de « négationnisme », et si l’on. se focalise désormais sur le ton et  non plus sur le fond, il faut s’en réjouir. Mais cela manifeste, vis-à-vis de ce qu’il dit, un a priori qui, en se déplaçant des mots à la tonalité,

traduit une hostilité relevant de l’esprit de système. Que voudrait-on ? Qu’il devienne un homme de communication ? Trop tard…  Un acteur, même ? Qu’il laisse paraître et déborder ses sentiments, dans un déballage émotionnel un rien exhibitionniste, comme tant d’autres (politiciens) savent si bien le faire ? On voudrait qu’il soit formé dans des séances de « média training », le soir au Vatican : « Plus fort ! Plus de trémolos ! Papillonnez des paupières, Votre Sainteté, pour montrer qu’elles sont humides… Allons, nous allons reprendre la séquence. » [...]

Bruno FRAPPAT, du journal LA CROIX du dimanche 17 mai 2009

 

Publié dans REFLEXION

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