Dernières nouvelles de Marie Emo (paroissienne de Muzillac en mission aux Philippines) - Lettre n°4

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

Points-Cœur Sainte-Claire                                                                                    Marie EMO
Manille - Philippines                                                                                           Le 21 novembre 2011
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Lettre n° 4

“Vous ne serez appelés qu’à cela, vous mettre à genoux, consoler des cœurs meurtris, laver des corps rongés par la maladie, veiller l’enfant qui se meurt à votre porte. P. thierry
 
Chère famille, chers amis, chers parrains,
Depuis ma dernière lettre, tant de choses se sont passées, par où commencer, je ne sais pas ? ! Je voudrais tellement à travers ces lettres vous faire rencontrer tous mes amis “petits, oubliés” mais tellement grands dans mon cœur maintenant.
Les visages de mes amis sont scellés dans mon cœur. Qui dit que l’on peut quitter ceux que l’on aime ?” P. Thierry
 
 
J’ai eu la grande joie de recevoir la visite de ma famille fin octobre, mes parents, ma petite sœur Anne-Sophie et mon petit frère Pierre. Ils ont pu partager un peu de ma mission, être une présence auprès des enfants du looban, du Fishport et encore ceux accueillis par les Missionnaires de la Charité (Sœurs de Mère Teresa). Malgré le choc de la pauvreté, la barrière de la langue et une certaine timidité, ils m’ont épatée par le don gratuit de leur amour pendant les visites. Ils ont découvert ici à Manille la beauté cachée de chaque être humain, une joie à toute épreuve et un formidable accueil. Leurs cœurs se sont grand-ouverts à tous ces sourires et à tout cet amour.
“ Que peut donc égaler la force de l’amour ? ”
 
Nous sommes maintenant six dans la Communauté. Claire est partie début Septembre mais Élie, un Français et Elisa, une Américaine, sont venus la remplacer. Nous sommes donc cinq nationalités au Point-Cœur, vivons de beaux échanges et aussi de belles différences. J’apprends à aimer les personnes avec toutes leurs différences 24h/24 J
 
 
Les enfants du Fishport
Nous allons environ toutes les semaines et demie au Fishport. Nous visitons quelques familles mais ma grande joie est de voir tous les enfants.
Le Fishport est un très grand lieu avec des hangars tout ouverts, le travail se fait essentiellement la nuit. Des milliers de personnes déchargent, trient, coupent, nettoient le poisson et crustacés. La nuit, le Fishport est une vraie fourmilière. Mais la journée, le calme est relatif, l’odeur est très forte, quelques adultes travaillent, d’autres dorment installés sur des transats ou d’autres encore jouent à des jeux d’argent.
Quant aux enfants, certains vont à l’école, d’autres non. Mais la plupart sont livrés à eux-mêmes toute la journée. Nous nous occupons des enfants entre 0 et 12 ans. Les plus grands enfants se promènent en groupe, de bidonville en bidonville.
En arrivant au Fishport, imaginez-vous marcher dans ce hangar en regardant vos pieds pour ne pas glisser et en essayant de vous accommoder de l’odeur. Regardez au loin et vous verrez une ribambelle d’enfants accourir vers vous et vous sauter dans les bras. De beaux enfants parfois sales, tout nus et sentant mauvais. Mais peu importe, quelle joie de les prendre dans vos bras de les faire tournoyer et de les entendre rire. Vous repartirez différemment de ce lieu si spécial. Après ces retrouvailles magiques, nous jouons à poisson-filet (de circonstance au Fishport !), à attrape-loup et bien d’autres jeux…
Vers 17 h 00, nous allons vers la mer avec les enfants et attendons le coucher du soleil. Même dans les endroits les plus sinistres, Dieu nous révèle la beauté de chacun et de chaque lieu. À nous de prendre le temps de découvrir cela.
Ma mission à l’hôpital ou auprès des plus souffrants
Pendant environ deux mois, beaucoup de nos amis ont eu besoin de notre présence à l’hôpital. Ayant travaillé à l’hôpital pendant un an, vous allez sûrement penser que mon jugement est faussé et  que je compare à la France, mais mes frères et sœurs de communauté ont le même jugement. Notre sécurité sociale est idyllique en France ! Ici, étant pauvre, on vous  oublie ou si vous arrivez à aller à l’hôpital, il n’y aura aucune considération, ni même un peu d’humanité. Je suis dure mais c’est assez choquant de voir le peu d’attention pour les personnes souffrantes. À l’hôpital, il n’y a pas d’aides-soignantes, il y a seulement l’infirmière qui passe pour donner les médicaments. Vous devez avoir un bantay avec vous c'est-à-dire une personne qui s’occupe de vous et regarde les fins de perfusion, d’oxygène. S’il y a un problème, vous avertissez l’infirmière et avec un peu de chance, le médecin passera dans la journée. Quand nous allons à l’hôpital, nous faisons office de bantay, nous soulageons la famille, nous apportons notre simple présence, une joie, une attention et un amour pour la personne qui souffre c’est très important.
 
Je voudrais vous confier Vanessa qui a besoin de vos prières. Vanessa est une petite fille de dix-neuf mois, la troisième de quatre enfants. Nous avons aidé la maman à ce qu’elle soit admise à l’hôpital car elle souffre de malnutrition sévère (elle ne pèse que 3 kg), de pneumonie et de tuberculose. La maman ne l’a pas emmenée tout de suite à l’hôpital, car nos amis ont peur et honte d’aller à l’hôpital et de se présenter devant le médecin.
À l’hôpital, ils n’ont traité que la pneumonie, ils ont découvert assez tardivement la tuberculose. Ils n’ont pas traité la malnutrition et Vanessa a continué à perdre du poids. Après presque un mois d’hospitalisation, Vanessa est rentrée chez elle comme ça. Le médecin, ici, ne se préoccupe pas des conditions familiales. Après un court séjour chez les Missionnaires de la Charité, Vanessa est maintenant chez elle. Ses parents préfèrent qu’elle reste à la maison, qu’ils soient tous ensemble, même si au fond d’eux-mêmes ils savent que son hospitalisation est une nécessité. C’est un tout petit être fragile qui demande tant d’amour. Si vous voyiez ses yeux qui cherchent notre regard et notre sourire quand nous venons la visiter ! Elle a besoin de votre prière, je compte sur vous.
 
Je voudrais aussi vous parler de Kuya Raul, vingt-neuf ans, atteint de tuberculose. Un matin, sa belle-sœur vient nous trouver et nous demande d’accompagner Kuya Raul à l’hôpital, car après un premier check-up chez le docteur, ils suspectent une appendicite, voire une péritonite. Nous allons donc à l’hôpital. Le médecin nous ayant adressé à Rose Riyes, nous y allons sans crainte. Mais en arrivant, le garde à l’entrée nous dit : “Non pas ici, allez à San Lazaro car il a la tuberculose”. Nous allons donc à San Lazaro (hôpital de référence pour les pauvres atteints de tuberculose) en marchant. Arrivés, autre surprise, ils ne se préoccupent pas de son appendicite, le garde dit : “Faites une radio pour sa tuberculose”. J’étais excédée et furieuse de ce manque de considération et de cette lenteur. Kuya Raul ne disait rien, il souffrait intérieurement. J’ai commencé à dire qu’on pouvait mourir d’appendicite, qui est une urgence, ce n’était pas un problème mais qu’il fallait faire tous les examens pour la tuberculose qui peut attendre quelques jours, le monde à l’envers”.
Nous avons attendu, fait tous les examens, en fin d’après-midi, le docteur n’était plus là, donc il fallait revenir le lendemain matin pour l’admission. Nous sommes retournés à la maison dans un silence de plomb en sachant que Kuya Raul n’allait pas retourner à l’hôpital malgré son état de santé. Le lendemain en retournant le voir, il nous dit “je préfère rester à la maison, je vivrai tandis qu’à l’hôpital, ils vont me faire mourir”. Quelle tristesse pour moi, la mission est dure car je ne peux pas le forcer, c’est son choix. Je ne peux qu’être présente et rester vigilante, peut-être dans un mois ou deux acceptera-t-il de retourner à l’hôpital ? Je le confie aussi à vos prières.
 
La famille d’Ate Natividad
Une dernière famille à vous confier, cette famille vit au Fishport. Le papa est atteint de tuberculose, il lui reste quatre mois à vivre. La maman ne sait ni lire ni écrire, elle trie les poubelles qui arrivent à côté de chez eux pour nourrir sa famille. Leur dernier enfant, Eron, est décédé le 7 novembre d’une méningite et de tuberculose. Ce fut un choc pour nous et une énorme tristesse pour la famille. Nous allons tous les jours prier avec la famille devant le corps d’Eron. Il y a toujours du monde, nous écoutons les uns et les autres. Leur gros problème est de ne plus avoir d’argent après les différentes hospitalisations. Nous sommes donc allés voir le maire qui a compris la situation. Les funérailles ont donc été gratuites. Un soulagement pour la famille pour qu’Eron ait des funérailles correctes. Je vous confie donc cette famille qui est maintenant en grande souffrance. Avant, la maman me disait qu’elle avait beau avoir une vie très difficile, ils étaient heureux d’être ensemble, maintenant c’est différent.
 
Le typhon PEDRIN, le 27 septembre 2011
Un énorme merci à vous tous qui avez donné des affaires pour les familles victimes du typhon.
Ce fut une journée spéciale, un mardi matin. Nous nous sommes réveillés vers 9 h 00 (journée de repos), le vent soufflait très fort, la pluie tombait depuis la veille sans arrêt. Les voisins commençaient à parler très fort et à s’agiter. Puis tout est arrivé très vite, l’eau est arrivée dans notre maison en presque trente minutes, nous avions presque un mètre d’eau, parfois plus pour certains voisins. Paysage de désolation, les voisins pleuraient, ils ont perdu le peu qu’ils possédaient. Nous avons eu de la chance car nous avons un étage et cela nous a permis de mettre nos meubles et affaires à l’étage version camping. Pendant qu’une famille de notre looban s’installait à l'étage de notre Point-Cœur pour être au chaud et au sec dormir un peu et manger, les garçons sont partis à pied sous la pluie au supermarché pour avoir de quoi manger.
Dans l’après-midi notre looban s’est transformé en piscine, les enfants et les adultes se sont bien amusés. Il nous fallait attendre la décrue. Vers 15 h 00, l’eau a commencé à descendre dans le looban mais il nous a fallu attendre encore un peu pour évacuer l’eau de la maison. Vers 19 h 00, aidés des enfants et épuisés nous avions fini. Sans électricité, nous nous sommes installés pour la nuit. Ce fut une belle soirée entourée des enfants à la lumière des bougies en partageant notre dîner, en chantant, et en regardant les anciens albums photos.
La journée a été joyeuse malgré tout, aussi incroyable que cela puisse paraître. L’entraide, la charité, la joie et la foi ont été les mots d’ordre.
Le lendemain en nous réveillant, les dégâts étaient visibles, paysage de désolation pour certaines maisons. Il n’y avait plus d’eau ni électricité jusqu’en fin d’après-midi pour commencer à nettoyer les maisons, faire la lessive, cuisiner se doucher. Mais les Philippins sont formidables, je les admire tellement. En deux jours, la vie est revenue comme avant le typhon, seules quelques maisons ou quelques rues et le nombre impressionnant de vêtements, de matelas au dehors pour sécher nous rappelaient cette journée si spéciale.
Les adolescents et le Point-Cœur
 
Depuis début Octobre, notre samedi soir est réservé aux binata (adolescents entre treize et dix-huit ans). Nous avions remarqué que ces adolescents ne venaient pas dans notre maison, certains commençaient à boire, à fumer et avoir de très mauvaises fréquentations. Nous leur avons donc proposé de venir chez nous le samedi soir pour jouer à des jeux de société, regarder un film ou autres et de terminer par la prière. A notre grande surprise, les jeunes ont répondu présents et depuis, environ quinze jeunes viennent chaque semaine. Mais autre surprise, ils passent aussi dans la semaine, juste pour discuter, regarder les photos, prier. Quelle joie quand ils franchissent notre porte, ça ne règle pas tous les problèmes mais ils peuvent trouver ici un refuge. Merci Seigneur de nous avoir guidés vers ces jeunes si demandeurs d’Amour.
 
Un samedi, nous sommes allés dans le parc de l’université des Philippines, les jeunes ont joué au foot sous la pluie et sont rentrés enchantés. Merci à vous, sponsors, de permettre aux jeunes de sortir de Navotas.
 
 
 
Je suis désolée de ne vous donner des nouvelles que très espacées. Certaines lettres sont difficiles à écrire pour moi n’étant pas très douée pour l’expression écrite depuis le primaireJ.
 
Et en même temps, j’aurais des milliers de petits moments à vous raconter, des centaines de visages à vous faire découvrir mais par moments la souffrance que nous partageons avec nos amis est trop dure à vous faire partager, tout du moins il me faut attendre un peu avant de prendre la plume.
 
 
Chers tous, je vous souhaite un bon temps de l’Avent. Soyez assurés de mes prières, pensez à me faire partager vos intentions.
 
Que la Sainte Vierge qui a dit oui, vous aide dans tous vos projets et ce temps de fin d’année.
 
 
 
J’attends de vos nouvelles par lettre avec impatience.
 
Je vous embrasse et à bientôt
 
                                                                                                       Marie
 
 
 
 
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