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Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

" Nous voici au cinquième jour du séisme en Haïti. Quelle est ma vision de la réalité ? Depuis hier les secousses se font sentir de moins en moins, même si, la population est encore très inquiète et sur le choc. Et les trois à quatre dernières répliques n’étaient pas pour apaiser les personnes lourdement meurtries. Mais, je crois que nous allons vers la fin des secousses, du moins je l’espère. L’étendu des dégâts à Port-au-Prince est catastrophique, mais il semble que c’est Léogane une autre ville importante de 100.000 à 200.000 personnes qui soit la plus touchée, donc, à comparer avec Port-au-Prince, c’est une ville détruite. Je confirme bien que seule l’Eglise de Saint Pierre à Pétion-Ville soit encore debout. Les photos envoyées en pièces jointes peuvent confirmer s’il en était besoin. Les grosses maisons sont celles qui sont les plus touchées… la plupart d’entre elles sont littéralement aplaties… Toutefois, en considérant bien les zones que j’ai pu visiter à pied ou en voiture… la commune de Carrefour est moins touchée par rapport au centre-ville. Et Pétion-Ville a été plus ou moins épargnée. Le problème majeur aujourd’hui, c’est la désolation et la panique des gens… Toutefois, quelque chose de positif, c’est que les aides sont en train d’être acheminées vers les gens. Un nombre important des troupes militaires envoyées par les Etats-Unis est présent sur le terrain. Beaucoup d’hélicoptères sont en train de survoler les différentes zones de la capitale et acheminer les aides. Des techniciens internationaux sont en pleine œuvre… Cette matinée, des équipes de l’ONU travaillaient au niveau du palais national et de la Cathédrale de Port-au-Prince. C’est un rayon d’espoir qui se lit dans le regard des gens. Mais l’on doit malheureusement regretter l’attroupement de personnes autour des techniciens. Ce qui n’arrange pas toujours les affaires… Du côté du gouvernement haïtien, peu de communications. On croit savoir que beaucoup de membres du gouvernement sont morts. On n’entend point parler des parlementaires. Toutefois, certaines institutions comme la CNE (Centre National des Equipements) font un excellent travail pour déblayer les rues et les voies… ou pour apporter les premiers soins à la population. Certains centres hospitaliers recommencent à travailler, avec l’aide d’appréciables bénévoles. Il reste le problème épineux des cadavres. Beaucoup ont été ramassés, il est vrai surtout sur les grands axes routiers. Le président de la République parle de 50.000 corps ramassés. Toutefois, lors de ma visite ce matin au Centre-ville, beaucoup d’odeurs révèlent la présence de cadavres non ramassés. Même que j’en ai vu un nombre important. On craint que cette situation dure encore un peu. Car les dégâts sont importants… et le pays n’est pas équipé pour faire face à cette catastrophe sans pareil. Pour l’instant, on trouve encore des provisions à acheter dans les marchés publics. C’est un soulagement. Toutefois, nous savons qu’il n’est pas donné à tout le monde de disposer de devises. Je n’ai pas vu de banques ouvertes, et donc les maisons de transfert ne fonctionnent pas. Ainsi, les aides des particuliers – qui ont toujours représenté une part importante dans l’économie nationale – n’arrivent plus. Il faut se débrouiller comme on peut. Et les bandits ou les personnes sans scrupules ou désemparées n’hésitent pas à s’attaquer à la population… Les policiers sont quasiment absents. Donc là aussi, il y a de fortes inquiétudes… On attend l’arrivée de Hilary Clinton et du Secrétaire général de l’ONU pour voir ce qui va être décidé avec le président de la République qui, dans le dernier discours entendu de lui, laissait bien entendre son désarroi à ne pas avoir de solutions ou de perspectives pour faire face à la crise… Il y a beaucoup de gens dans les rues, comme vous pouvez vous en rendre compte. Mais, il y a beaucoup de gens qui retrouvent aussi les villes de Provinces qui n’ont pas été touchées ou très peu touchées. Je me suis rendu dans le département du Centre – à Hinche – dans la région de Mirebalais où je suis allé conduire des malades au centre hospitalier de Cange. Il y a très très peu de dégâts ! Dieu merci ! Des villes comme Jérémie, les Cayes, Cap-Haïtien… ne sont pas touchées… Pour le moment présent, seule RFI nous permet d’avoir des infos… malheureusement, les mises à jour sont lentes, car la situation évolue plus rapidement qu’on ne peut le penser. Il faudra que rapidement, le président et son gouvernement puissent mettre en place des moyens pour informer le peuple et ainsi l’aider à prendre confiance. Car l’aide massive qui arrive au pays doit avoir un impact puissant et immédiat sur la population. Sinon, on risque de nous trouver confronter à de terribles réactions. Ce besoin d’info se fait encore plus pressent quand on sait que les compagnies de téléphonie n’arrivent pas à fournir le service attendu… En écoutant la réflexion de différentes personnes, il y a une aspiration à voir de cette crise l’occasion ultime de faire de Haïti un pays neuf. Peut-être qu’il est venu le temps pour que se lève un vrai chef qui saura conduire ce peuple vers quelque chose d’autre que deux cents ans d’histoire n’ont permis de réaliser… Pour finir, je crois sentir dans la population la volonté de ne pas se laisser aller. Cette espérance-là est sans aucun doute soutenue par cette solidarité spontanée manifestée par le monde entier. Je ne saurais oublier ces citoyens de la République Dominicaine qui sont venus dès les premières heures apporter leur aide aux compatriotes haïtiens, et tous les autres aussi. Beaucoup de messages de solidarité et beaucoup d’aide nous arrivent aussi de France. Et nous ne pouvons oublier nos voisins les plus proches comme les Etats-Unis… et les privés comme le Père Ménard Supérieur des Prêtres de Saint-Jacques à Landivisiau, dans le Finistère se tient continuellement en contact avec nous malgré les difficultés rencontrées pour communiquer. Toute la communication avec la France passe par internet : mails et téléphonie via internet. Toute cette solidarité marque positivement la population. L’occasion pour moi de commencer à leur dire ma reconnaissance et celle de tout le peuple haïtien. Les citoyens français que nous sommes, attendent des directives de notre ambassade à Port-au-Prince, elle-même victime aussi du séisme. Lors de ma prochaine communication, j’essaierai d’avoir un peu plus d’infos concernant les membres du clergé. Georgino Rameau, prêtre de Saint-Jacques, Fontamara 47 – Port-au-Prince".

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