Discussions autour de la première communion

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

REPONSES A QUELQUES OBJECTIONS ENTENDUES

CHEZ CERTAINS PARENTS D’ENFANTS DE PREMIERE COMMUNION

OU CHEZ CERTAINS CHRETIENS

     

J'ai envoyé un courrier dernièrement (mars 2012) aux parents d'enfants qui se préparent à la première communion, leur demandant de me donner des garanties sur le sérieux de leur démarche. Comme certains enfants ne viennent presque jamais à l'église avant leur première communion, je ne vois pas en effet comment je pourrais espérer les revoir à l'église après leur première communion. Or l'Eglise me demande comme curé de veiller à la bonne préparation de la première communion.  

« Pour que la très sainte Eucharistie puisse être donnée aux enfants, il est requis qu'ils aient une connaissance suffisante et qu'ils aient reçu une préparation soignée, de sorte qu'ils comprennent le mystère du Christ à la mesure de leur capacité, et puissent recevoir le Corps du Seigneur avec foi et dévotion.

 

Les parents en premier, et ceux qui tiennent leur place, de même que le curé, ont le devoir de veiller à ce que les enfants qui sont parvenus à l'âge de raison soient préparés comme il faut et soient nourris le plus tôt possible de cet aliment divin, après avoir fait une confession sacramentelle; il revient aussi au curé de veiller à ce que les enfants n'ayant pas encore atteint l'âge de raison, ou ceux qu'il juge insuffisamment disposés, ne soient pas admis à la sainte Communion ».



Code de droit canonique de l'Eglise catholique

 

Voici maintenant quelques objections entendues et les réponses que j'apporte :

« Vous attentez à notre liberté ».

-        Les chrétiens croient que Dieu est source de notre liberté. Jésus est venu nous libérer du péché, du mal, de la mort…. Aller à Jésus Christ le dimanche, s’obliger éventuellement et amoureusement à le faire, c’est donc accueillir la vraie liberté. Par ailleurs, la liberté grandit quand on fait le bien. Faire le mal, c’est en effet devenir esclave ou aliéner son prochain. Or rencontrer Jésus Christ dans la communion du dimanche c’est faire un très grand bien qui ne peut que nous rendre très heureux. Enfin, personne n’oblige les parents à faire vivre à leur enfant la 1ère communion. Le curé ne fait que son devoir. Et on n’a pas le droit d’attenter à la liberté du curé qui est responsable des sacrements sur la paroisse qui lui est confiée.

 

« Je n’ai pas besoin de venir à la messe tous les dimanches ».

-        Encore une fois, chacun est libre. La foi ne se commande pas. La liberté religieuse est sacrée (cf. Vatican II). Mais alors, qu’on ne force pas ses enfants à faire une première communion de chaque dimanche et qu’on ne force pas le curé à désobéir à sa mission. Jésus a confié à son Eglise le soin d’organiser les réunions de prière : « Faites cela en mémoire de Moi », a-t-il demandé ; « Tout ce qui sera lié sur la terre sera lié au ciel », a-t-il encore dit; "Apprenez-leur tous mes commandements" (Mt 28), a-t-il bien précisé. Or l’Eglise, y compris à Vatican II (SC 106), demande aux chrétiens de se réunir tous les dimanches comme cela s’est toujours fait depuis 2000 ans. Si chaque chrétien faisait ce qu’il veut sans se concerter, il n’y aurait plus d’Eglise, le message de paix et d’unité de l’Eglise voulu par Jésus (« Que tous soient un ») se perdrait pour toujours.

 

« Il n’y a pas besoin de garantie »

-        Si avant de célébrer un sacrement, il n’y a pas besoin de garantie, cela se saurait. Tous les sacrements demandent des garanties, le baptême et le mariage par exemple. Jésus a d’ailleurs demandé de ne pas laisser perdre les perles précieuses (Mt 7, 6), mais au contraire de tout faire pour les obtenir  sans regarder à la peine (Mt 13, 45). Or il vaut la peine pour un curé de demander un minimum de garantie surtout à notre époque où chacun est poussé à l'individualisme et à la négligence.

« Le bon semeur sème à tous vents, vous ne devriez donc pas hésiter à offrir les sacrements »

-        Oui, le semeur sème à tous vents, ce qui signifie qu’il faut évangéliser à temps et contretemps en semant la Parole de Dieu. Mais Jésus n’a pas demandé de semer les sacrements à tous vents, de baptiser ou de marier par exemple les yeux fermés. Les prêtres ne sont pas des distributeurs automatiques de sacrements. En revanche, les sacrements s’appuient sur la Parole de Dieu qui a germé dans la bonne terre. Comme le rappelle le pape François, la sacramentalisation doit s'accompagner de l'évangélisation (La Joie de l'Evangile, n°63), alors évangélisons d'abord à tout vent.

« Le dimanche est notre seul jour de repos »

-        Si le dimanche a été institué jour de repos au 4e siècle par la société civile, c’est justement pour que les chrétiens puissent se réunir plus facilement. En Chine, il n'y a pas de dimanche. Le vrai repos se trouve d’ailleurs dans la Paix du Seigneur qui est un fruit de l’Eucharistie. Cela n’empêche pas de pratiquer un loisir dans la journée du dimanche ou pendant les vacances, puisque la messe ne dure qu’une heure par semaine. La participation à la messe du samedi soir est possible. Et s’il le fallait on pourrait instituer une messe le dimanche soir, si cela convenait à certaines familles.

«  Avec vos méthodes, il n’y aura bientôt plus que des vieux à l’église »

-        C’est déjà le constat qui est fait à Muzillac, même si on peut nuancer, et pas seulement dans ce secteur, c'est le cas en général dans toute l'Europe. Les jeunes ont besoin de retrouver des repères. Ce n’est pas en encourageant l’assistanat spirituel que les jeunes deviendront moins difficiles avec l’Eglise. Il nous faut rechercher plutôt la qualité de la relation avec le Seigneur, la "participation active" des chrétiens, comme l'a demandé le concile Vatican II, avant de chercher à faire du nombre. En ce sens, St Jean Chrysostome (4e siècle) était bien moins tendre que moi, mais aussi plus clair :

«  Des chrétiens comme nous en voyons tant, provoqueraient moins de blasphèmes s'ils ne l'étaient pas. Ne nous occupons pas seulement d'augmenter le nombre, occupons nous encore et surtout d'agrandir la dignité de chacun. Que ceci s'accomplisse, et cela s'accomplira bientôt. Que la solidité passe dans nos aspirations avant l'étendue. Le bien entraîne après soi le nombre, et le nombre sans le bien n'est qu'une grande inutilité." (Homélie XXIV, sur les Actes des apôtres).

  " Vous nous culpabilisez" (je ne l'ai pas entendu, mais au cas où)

- Qu'il y ait ici faute, péché, erreur, problème, c'est évident, mais mon objectif n'est pas de culpabiliser. La culpabilité en soi ne sert à rien. En effet, s'il y a culpabilité, elle est d'abord celle des pasteurs de l'Eglise qui ont créé cette situation incohérente et qui ne réagissent pas. Or moi, je suis pasteur et, en conscience, je ne peux rester muet devant la situation actuelle. Donc que les parents de bonne volonté se rassurent, je n'ai rien contre eux personnellement, bien au contraire, je cherche juste à clarifier un problème et à servir la liberté de leur enfant. Quand il y a un problème, il ne sert de rien de le cacher pudiquement, il faut en parler le plus franchement possible et le plus respectueusement possible. Mais il faut en parler. Cessons d'être "gentils", soyons vrai !

 "Mon père, vous êtes intransigeant" 

L'Eglise accueille avec grande joie tout le monde pour l'amour de Jésus et pour le manifester. Mais Jésus, quand il remarquait une hypocrisie, se montrait lui-même intransigeant. Il s'est par exemple fâché contre ses propres apôtres quand on empêchait les enfants d'aller à Lui. Jésus a d'ailleurs bien parlé à travers des paraboles de ces serviteurs qui voient d'un oeil mauvais leur maître car ce dernier serait exigeant (Mt 25, 14-30; Luc 19, 11-28).

Moi-même, je suis triste de voir que des parents ou que nos structures empêchent les enfants de communier en vérité avec le Christ. Ces enfants dépendent de leurs parents, et nous dépendons aussi des structures qui existent aujourd'hui dans nos paroisses, je prends simplement acte de la situation. Je dis des choses sans doute désagréables, mais je sais aussi user de miséricorde. Je pense surtout que notre pastorale est dépassée et qu'il nous faut une meilleure préparation aux sacrements qui engage mieux les parents.

 

Toutes ces discussions sont en fait un peu lassantes. Si on aimait vraiment le Seigneur, il n’y aurait pas besoin de débattre sans fin de ce qui devrait être une grande joie, et non une corvée. Comme l’avait déjà remarqué le saint Curé d’Ars au 19e siècle, beaucoup de chrétiens viennent à l’église comme pour se débarrasser du Seigneur. Est-ce que tous ces baptisés râleurs réfléchissent un peu à ce qu’ils font et disent ? J'aurais fortement envie de leur conseiller la lecture du fameux récit de Joseph Fadelle, dans Le prix à payer, pour comprendre combien nous sommes devenus capricieux en France face aux sacrements. Mais gageons que toutes ces difficultés apporteront des réponses aux récalcitrants - au demeurant sans doute sincères et meilleurs que moi - qui ne se trouvent pas que dans notre petit secteur. Il faut toujours espérer des conversions et moi-même j’ai besoin d’être converti. Car il faut que je vous fasse une confidence : le dimanche matin, j’ai parfois la tentation de rester au lit….

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P. Jean-Eudes

 

 

PS : En 2013-2014, pour essayer de réformer nos structures catéchètiques en réponse aux difficultés existantes, et avec l'accord de notre évêque, j'entame une réforme concernant l'ordre des sacrements de l'initiation chrétienne (cliquer ici).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans REFLEXION

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Sophie 31/03/2012 10:00

Je trouve que ces douloureux réajustements sont urgents à mettre en place dans une société qui manque de repères. Le curé doit être un phare dans notre nuit et tenir bon. Si l'Eglise est toujours
debout, c'est parce qu'elle n'a jamais voulu se plier aux modes des siècles, mais au contraire, elle a gardé une voie juste tracée depuis des millénaires. Il n'est pas question ici d'interdire à
quiconque de faire sa première communion, mais d'avancer à son rythme, avec de l'aide si besoin. C'est une réponse que je trouve tout à fait adaptée, très tolérante, douce et très éducative. Ce
n'est pas à l'Eglise de changer, mais au siècle de redécouvrir la beauté et la vérité du catéchisme.

Secteur pastoral de Muzillac 30/03/2012 13:47

Merci encore pour ta franchise Céline. Tu as raison de dire que l'Amour de Dieu et du prochain est le plus important. Mais l'Amour de Dieu ne s'oppose pas à la Loi. Les règles de l'Eglise se
veulent au service de cet Amour. Si je fais appel aux textes bibliques ou aux textes officiels de l'Eglise, c'est juste pour montrer que je fais mon devoir de chrétien et de curé. Je crois qu'il
suffit juste d'un peu de compréhension de part et d'autre. Personne ne détient la vérité à lui tout seul. Encore une fois, je demeure disponible au dialogue dans une grande espérance car faire la
vérité ne peut que nous libérer Par ailleurs, le véritable ami est celui qui sait dire des vérités même dérangeantes. Jésus reste le modèle en cela. Et moi-même ai beaucoup à recevoir des autres.
Enfin, je comprends bien que je puisse blesser les gens, je marche sur des oeufs, mais je ne vois pas comment je peux faire autrement.

céline 30/03/2012 08:39

Pour moi, l'amour est au dessus des lois (ou en tout cas sublime la loi). Je ne pense pas que ce soit en récitant des passages du catéchisme de l'église catholique sans parler d'abord du message
d'amour du Christ qu'on fera revenir les fidèles à la messe. C'est mon message franc de ce jour !

Secteur pastoral de Muzillac 29/03/2012 14:06

Merci Céline pour ta franchise. Je sais bien que je jette un pavé dans la mare en soulevant un problème de cohérence, problème qui devient de plus en plus important dans nos sociétés sans Dieu. Si
on communie au Corps du Christ, ça ne peut être juste en passant, ce n'est pas non plus "chacun pour soi", c'est au contraire un engagement pour la vie avec le Christ et en lien avec l'Eglise qui
est Corps du Christ. Qui veut suivre le Christ doit porter sa croix chaque jour, y compris en aimant - voire en se "coltinant"- ses frères chrétiens une heure par semaine (moins de 1% de son temps
!). Si on ne peut encore supporter le vivre ensemble en Eglise, il ne faut pas brûler les étapes et savoir continuer à cheminer à son rythme. Les parents avaient été prévenus que les critères pour
la première communion seraient vérifiés en cours d'année (bas de la page 1 du document "Je prépare ma 1ère communion"), je ne fais que mon devoir de curé pour protéger les droits religieux des
enfants. Je reste prêt à écouter les parents et à trouver un compromis. Chacun peut faire un effort de compréhension. Rien n'est fermé, tout est ouvert à l'espérance. Pour finir ici, je rappele ce
que nous dit le Catéchisme de l'Eglise catholique, texte qui reste ouvert si on le lit bien :
" 2180 Le commandement de l’Église détermine et précise la loi du Seigneur : " Le dimanche et les autres jours de fête de précepte [Noël, Ascension, Assomption, Toussaint ], les fidèles sont tenus
par l’obligation de participer à la Messe ". " Satisfait au précepte de participation à la Messe, qui assiste à la Messe célébrée selon le rite catholique le jour de fête lui-même ou le soir du
jour précédent ".
2181 L’Eucharistie du dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C’est pourquoi les fidèles sont obligés de participer à l’Eucharistie les jours de précepte, à moins d’en être
excusés pour une raison sérieuse (par exemple la maladie, le soin des nourrissons) ou dispensés par leur pasteur propre. Ceux qui délibérément manquent à cette obligation commettent un péché
grave.
2182 La participation à la célébration commune de l’Eucharistie dominicale est un témoignage d’appartenance et de fidélité au Christ et à son Église. Les fidèles attestent par là leur communion
dans la foi et la charité. Ils témoignent ensemble de la sainteté de Dieu et de leur espérance du Salut. Ils se réconfortent mutuellement sous la guidance de l’Esprit Saint.
2183 " Si, faute de ministres sacrés, ou pour toute autre cause grave, la participation à la célébration eucharistique est impossible, il est vivement recommandé que les fidèles participent à la
liturgie de la Parole s’il y en a une, dans l’église paroissiale ou dans un autre lieu sacré, célébrée selon les dispositions prises par l’évêque diocésain, ou bien s’adonnent à la prière durant un
temps convenable, seuls ou en famille, ou, selon l’occasion, en groupe de familles ".

céline 29/03/2012 09:15

C'est je pense "juste" la question de l'engagement à la fidélité de la messe dominicale qui a provoqué ces discussions, et ces divisions.. je le redis : ceux qui sont en chemin ne peuvent en toute
honneteté dire : je serai fidèle à toutes les messes dominicales. Est-ce que 100% des catholiques pratiquants sont allée à 100% des messes dominicales au cours de l'année ? Pas sûr.. moi la
première , je n'ai pas été "fidèle" à 100% !
"Essayer d'être fidèle" aurait été une question plus judicieuse, et plus ouverte à l'espérance.
Restons intelligents cependant. Ne nous arrêtons pas aux mots, mais profitons de ces moments de tension pour repenser nos communautés paroissiales, et nos assemblées dominicales... C'est encore un
autre sujet...
Merci à tous de me faire part de vos commentaires.