HOMELIE 4 DIM CAREME C LG NM 2010

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac



rembrandt65Le philosophe Michel Serres a fait cette remarque sublime que la fin de l’Ancien Testament, dans le livre de Malachie, se termine par cette phrase « Dieu ramènera le cœur des pères vers leur fils, et le cœur des fils vers leur père » et que cette phrase est reprise au début du Nouveau Testament dans le chapitre premier de l’évangile selon saint Luc (1,17). Est-ce un hasard ? Toute la bible, mais aussi toute l’histoire humaine n’est-elle pas en fait résumée dans cette phrase ? Ne disons-nous pas aujourd’hui que par notre bêtise politique, économique et écologique actuelle, nous hypothéquons l’avenir de nos enfants ? Or, Jésus accomplit au plus haut point en sa personne le message de ce passage biblique. En lui, toutes les générations sont réconciliées. Par la parabole des deux fils perdus, appelée communément « parabole du fils prodigue », il raconte à sa manière le drame de cette humanité déchirée entre génération et entre frères. L’humanité est en effet une grande famille qui ne se connaît pas assez, qui ne vit pas assez en famille et de ses vertus d’hospitalité, de travail, de fidélité, de respect, de fête…

Ce qui gâte la vie de famille, c’est sans doute l’orgueil, le fait que l’on se prenne trop au sérieux, le fait que l’on se croit supérieur aux autres du fait de nos mérites ou de notre âge ou de nos origines. Regardons le fils aîné de la parabole qui se prend de jalousie parce que son fils cadet a été retrouvé, alors même qu’il devrait se réjouir de revoir son frère sain et sauf. La vérité est que nous ne valons pas mieux les uns que les autres. La vérité est que chaque être humain depuis sa conception jusqu’à sa mort vaut plus que tout l’or du monde.

Dans la parabole, seul le Père qui est tout amour semble capable de pouvoir réconcilier ses deux fils. Il est bien sûr une figure du vrai Père qui est Dieu lui-même et qui nous offre son Fils unique pour que nous devenions fils dans le Fils, frères et sœurs par celui qui est le Frère par excellence.

Le pardon est une fête, une très grande fête qu’il nous est impossible de ne pas partager avec le plus grand nombre. Alors, comment ne pas profiter de ce temps de carême pour nous réconcilier avec telle ou telle personne ? Comment ne pas profiter des célébrations pénitentielles communautaires et personnelles ? Le fait qu’il y ait si peu de monde à ces célébrations ne cesse de m’étonner. Les baptisés seraient-ils déjà parfaits, n’ont-ils plus besoin d’être sauvés ?

Pour terminer, je vous livre un extrait d’une très belle homélie du Cal Etchegaray :

« Dieu ne peut plus aimer qu’en pardonnant et j’ose dire que la plus grande joie de Dieu est de pardonner, puisque sa seule façon de nous aimer est d’être miséricordieux, sa seule façon d’être fidèle à son amour créateur. L’homme peut cesser d’être fils, mais Dieu ne peut cesser d’être Père, infiniment Père, indéfiniment Père, comme le rappelle la parabole de l’enfant prodigue si bien illustrée dans le tableau de Rembrandt. Heureux celui qui, ayant découvert cette fontaine de la miséricorde divine, ne sait plus s’en détacher au point de devenir à son tour miséricordieux pour ses frères ! Alors seulement la terre devient respirable, habitable… jusque dans une prison. Éliminez le pardon dans un monde si juste soit-il et les hommes y grelotteront de froid ». (Homélie prononcée mardi 24 janvier 2006 par le cardinal Roger Etchegaray, président émérite du Conseil pontifical «Cor Unum», en clôture du colloque sur la charité).

Publié dans HOMELIES ANNEE C

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