"La religion chrétienne a-t-elle dominé la politique" ?

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

Lors des voeux prononcés par l'un de nos hommes politiques sur le canton où je me trouve, et dans le contexte que nous connaissons, j'ai entendu l'idée que, dans notre passé européen, "la religion a dominé la politique".

Il me semble, en effet, que si cette idée n'est pas fausse dans un sens, elle demande à être très, très, très nuancée.

Je me demande même parfois, en effet, si ce n'est pas plutôt la politique qui a dominé le religieux. Je m'explique sous le contrôle des possibles historiens qui me liront.

Au IVe siècle, les persécutions anti chrétiennes se sont arrêtées grâce à la conversion de l'empereur Constantin. Ouf de soulagement pour tous les chrétiens. Les empereurs romains tout comme les rois de France depuis Clovis ont vécu un certain christianisme. Seulement, sauf de belles exceptions comme St Louis, ce christianisme n'avait pas complètement converti ces hommes politiques qui restaient souvent très cruels et très avides de domination.

Certes, ces responsables politiques ont permis le développement de la chrétienté médiévale. Mais en même temps, ce sont eux qui gardaient bien sûr le vrai pouvoir temporel et qui dominaient alors la hiérarchie spirituelle. En effet, ce sont eux qui influençaient les nominations des évêques et même celles des papes. Certains, comme Constantin, ont même convoqué des conciles oecuméniques. Charlemagne a considérablement influencé la liturgie catholique. Ces rois laïcs quasiment autoproclamés "très chrétiens" avaient un pouvoir considérable, au point que l'un d'entre eux a même réussi à devenir chef de l'Eglise pour son propre pays, à savoir Henri VIII en Angleterre.

Certains gouvernants se comportaient comme de véritables crapules au point de se déclarer la guerre entre eux. Les papes ont essayé de diriger leurs forces militaires pour défendre la présence chrétienne en Terre sainte contre l'invasion musulmane. Ce fut l'époque des fameuses croisades qui ont plutôt mal terminé.

Gardiens de l'Eglise de leur pays, ces gouvernants temporels n'hésitaient pas à persécuter les opposants à l'Eglise catholique ou à leurs propres pouvoirs qu'ils confondaient sans scrupule. Toute résistance évangélique était tenue au silence, sous le prétexte de l'unité et de la paix.

L'Eglise a canonisé certains de ces opposants comme Thomas More ou Jeanne d'Arc.

Napoléon, d'origine catholique, a pris en otage le pape Pie VII pour mieux le contrôler. Hitler, également d'origine catholique, a essayé de manipuler l'opinion catholique pour se faire élire plus facilement.

Pendant ce temps, dominée par une hiérarchie souvent aristocratique, l'Eglise a résisté plus ou moins avec courage à cette ingérence des politiques dans le domaine religieux. La mise en place du célibat généralisé des prêtres en a été un exemple. Il fallait en effet éviter la domination de dynasties sacerdotales. Des papes ont également usé courageusement de l'excommunication envers des rois. Il serait même prouvé que l'inquisition religieuse adoucissait les jugements temporels. Parfois les papes ont dû garder le silence pour éviter le pire, comme Pie XII ce qui ne l'a pas empêché de sauver bien des vies.

Par la Révolution française, ancien Régime et religion ont en tout cas souvent été amalgamés avec beaucoup de mauvaise foi, ce qui est le cas de le dire, par les fameux "bouffeurs de curé".

Aujourd'hui, l'Eglise est heureusement de plus en plus spirituelle et libre de parler et d'agir dans les pays occidentaux. Séparée du pouvoir temporel, elle est plus à même de remplir sa mission. Quitte à être méprisée, spoliée et marginalisée par les décideurs actuels (médias, politiques, intellectuels...), l'Eglise n'hésite pas à parler parfois contre les opinions publiques défavorables, et à porter courageusement l'Evangile dont notre monde a besoin.

Je suis donc fier de l'Eglise de Jésus Christ, même si elle ressemble de plus en plus au "petit troupeau" de l'évangile (Lc 12, 32) dans notre pays amnésique, mais n'oublions jamais que sans l'Esprit Saint elle ne serait rien.

Qu'en pensez-vous ? Est-ce que je manquerais de lucidité sur notre sainte Mère l'Eglise ?

Peut-on affirmer que le christianisme a "dominé" la politique tout comme voudrait le faire un certain Islam aujourd'hui ?

P.Jean-Eudes

Publié dans REFLEXION

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