Redécouvrir l’ art de célébrer la messe

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

Depuis quelques années, l'Eglise de France a fait paraître une présentation générale renouvelée du missel romain (cliquer).

Mgr Robert Le Gall, ancien père-abbé de Kergonan et président de la Commission épiscopale pour la liturgie a écrit ce texte :

 

« Lorsque la communauté chrétienne se rassemble dans la diversité de ses membres, évêque, prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs, lorsqu’elle confesse et célèbre son Seigneur, lorsqu’elle ouvre à la beauté de Dieu, lorsqu’elle partage les Écritures, lorsqu’elle réfléchit sur le don de Dieu, lorsqu’elle développe en son sein des relations de fraternité, lorsqu’elle s’ouvre à la communion de l’Église universelle, lorsqu’elle sert la justice et qu’elle est solidaire des efforts de la cité en faveur des exclus, lorsque par la sainteté de ses membres elle témoigne de la charité du Christ, une communauté chrétienne fait pénétrer dans l’expérience chrétienne par d’innombrables facettes qui sont chacune l’expression de la présence de l’Esprit Saint en elle. »

Ce paragraphe très dense est emprunté au Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France (Bayard, Fleurus-Mame, Cerf, Paris, 2006, p. 40.), dans un contexte où se trouve souligné le lien de la catéchèse avec l’initiation chrétienne. Il convient de rappeler que cette « initiation » désigne les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’Eucharistie. Coextensive à toute l’existence et remise à toute la communauté chrétienne, l’initiation est entrée permanente et progressive dans la profondeur du Mystère de Dieu, cette Plénitude dont l’Apôtre Paul sait parler aux Éphésiens (cf. 1, 23 ; 3, 19), proposée à la multitude : il s’agit d’une « mystagogie », c’est-à-dire d’une démarche qui consiste à se laisser conduire par les mystères sacramentels dans le Mystère de la pleine vie divine. On peut être préparé, on doit être préparé à recevoir les sacrements, mais c’est l’expérience qu’ils procurent qui introduit à la vie dans l’Esprit ; on peut ensuite en parler en connaisseur à des connaisseurs. On n’entre pas tout seul dans la liturgie : il convient de se laisser guider ; les rites nous sont donnés ; il convient de les respecter, car nous n’en sommes pas maîtres. Comme on vient de le lire, « les Rituels en régulent la célébration et en établissent le cadre ». Les communautés chrétiennes, comme les célébrants eux-mêmes, ont besoin d’être formés, introduits aux formes et aux fondements des actes liturgiques, sans jamais sacrifier les unes aux autres ou réciproquement. C’est pourquoi on doit accorder la plus grande attention aux «Introductions» (Prænotanda) qui ouvrent les Rituels : il faut les étudier à tous leurs niveaux (historique, scripturaire, théologique, cérémoniel, spirituel). Si cela est vrai pour tous les sacrements ou sacramentaux, ce l’est davantage encore pour le sacrifice eucharistique dont le livre propre est le Missel. Tout ceci permet de comprendre l’importance de la  Présentation générale du Missel romain, dont la traduction officielle vient de paraître : L’art de célébrer la messe (Desclée-Mame, 2008). Cette Présentation est liée à l’editio typica tertia (troisième édition authentique) de ce Missel romain, parue en 2002 à la Librairie vaticane. La toute première datait de 1970. La deuxième, comportant quelques additions, est sortie en 1975. La troisième  Présentation générale est d’abord parue en 2000, puis en 2002 avec l’ensemble du Missel en latin. Elle ne diffère pas substantiellement de la première ni de la deuxième ; le Décret du 20 avril 2000 énumère les principales modifications, liées à la parution d’autres livres liturgiques ou à ce que peut enseigner la pratique pastorale en positif ou en négatif. Tout le chapitre IX sur les adaptations à proposer par les Conférences épiscopales a été revu et précisé. Plusieurs formulaires de messes ont été introduits. L’Appendice propose des Prières eucharistiques (les textes ont été revus) pour la réconciliation et pour des circonstances particulières. P0293.jpg

La Présentation est une invitation à revoir nos manières de célébrer en évitant toute forme de subjectivisme, de la part des célébrants et des communautés ou équipes liturgiques. La liturgie  nous est donnée ; elle est donc « reçue ». Il nous faut connaître et mettre en oeuvre gestes et paroles, ce qui ne s’improvise pas, en évitant les habitudes erronées que la pratique a pu laisser s’installer. Un sens renouvelé des lieux, de l’autel et de l’ambon, par exemple, nous est indiqué ; ou encore une qualité dans la proclamation de la Parole et des rites de l’Évangile ; un respect pour la communion, afin d’éviter toute banalisation. Le geste qui accompagne la doxologie de la Prière eucharistique (au Par lui, avec lui et en lui…), sans doute le plus significatif de toute la messe, est  une offrande faite au Père, pour laquelle on n’a pas à montrer l’hostie et le calice, comme on doit le faire au moment de la consécration et pour la communion ; en cette doxologie, on offre au Père le Corps et le Sang de son Fils, tels qu’ils sont dans la patène et dans le calice, au nom de toute l’assemblée, qui chante alors un vibrant Amen. Les textes à prononcer au cours de la messe – à part ceux pour lesquelles une latitude est laissée (introduction à la prière pénitentielle, au  Notre Père, monitions en certaines occasions) - n’ont pas à être modifiées ou interprétées. Il en va du respect que l’on doit à soi-même, aux autres et à la liturgie, pour une célébration sobre et noble des rites sacrés.

Dans son Exhortation apostolique sur Le Sacrement de l’Amour du 22 février 2007, le pape Benoît XVI écrit ceci : « Pour un art de célébrer correct, il est tout aussi important d’être attentif  à toutes les formes de langage prévues par la liturgie : parole et chant, gestes et silences, mouvements du corps, couleurs liturgiques des vêtements. En effet, la liturgie possède de par sa nature une variété de registres de communication qui lui permettent de parvenir à intégrer tout l’être humain. La simplicité des gestes et la sobriété des signes, effectués dans l’ordre et dans les moments prévus, communiquent et impliquent plus que le caractère artificiel d’ajouts  inopportuns. L’attention et l’obéissance à la structure propre du rite, tout en exprimant la reconnaissance du caractère de don de l’Eucharistie, manifestent la volonté du ministre d’accueillir, avec une docile gratitude, ce don ineffable ». On ne peut mieux dire : il en va de notre docilité pour comprendre et de notre obéissance pour mettre en pratique. Les rites sacramentels, singulièrement ceux du sacrifice eucharistique, nous sont remis – aux ministres ordonnés et aux équipes de liturgie, chacun selon sa responsabilité propre -, non pour en disposer à notre guise, mais pour les respecter et respecter les fidèles qui en attendent la vivante et sereine nourriture de leurs âmes. Il convient de les étudier, de les connaître, d’être initié à leur sobre et belle célébration.

Au moment où je vais avoir la joie d’ordonner un nouveau prêtre pour notre diocèse [Toulouse], nous sommes tous invités en notre diocèse à honorer le mystère de l’Eucharistie en ses rites,  pour nous offrir au Père avec son Fils et recevoir en leur Esprit la plénitude de la vie.

 

+  fr. Robert Le Gall

Archevêque de Toulouse

 

Sur l'importance des rites, voir l'article de Serge Kerrien, diacre du diocèse de St Brieuc (cliquer) . Sur l'importance des cinq sens en liturgie, voir cet article (cliquer).

Publié dans CELEBRER

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