Réflexion brève à propos de l'orientation du prêtre pendant la prière eucharistique

Publié le par Secteur pastoral de Muzillac

Notre Evêque, Mgr Raymond Centène, vient de préfacer un livre écrit par le cérémoniaire du pape (cliquer). En tant que référent liturgique pour notre diocèse, je me risque à faire un commentaire personnel. P0293.jpg

 

Dans la préface, à la suite du cardinal Ratzinger (aujourd'hui notre pape), Mgr Centène remet en valeur l'orientation de l'Assemblée et donc aussi celle du prêtre vers le soleil levant symbolisant le Christ ressuscitant. Il s'agit ici d'une très belle et très ancienne symbolique de notre liturgie chrétienne qu'il serait en effet intéressant de ne pas oublier.

 

Après le concile Vatican II, pour des raisons qui me paraissent un peu confuses, les évêques et les prêtres se sont quasiment tous mis à célébrer face à l'assemblée. Or, ni le concile ni les décrets de la réforme liturgique n'obligeaient à un tel retournement. A vrai dire, ils ne l'évoquaient même pas. Il est juste indiqué dans le Rituel de la Dédicace que les nouveaux autels soient érigés de telle sorte que l'on puisse en faire le tour. Il semble que le fait de parler en langue vernaculaire ou de célébrer l'après-midi ait pu jouer dans cette évolution. Et puis, de manière pratique, le prêtre n'a plus à se retourner vers l'assemblée et cette dernière peut mieux voir les saints Dons sur l'autel. Plus profondément, l'intérêt liturgique de voir le visage du célébrant n'est-il pas de rappeler le visage du Christ Tête et grand Prêtre, et si possible un visage vivant, icône du visage du Christ ressuscité ? On a aussi voulu rappeler à juste titre que le Christ est présent dans l'Assemblée. Le fait de lui tourner le dos ne semble donc pas très poli, car la messe n'est pas l'affaire privée du prêtre. L'intérêt de célébrer face à l'assemblée n'est donc pas du tout nul d'autant que cette réforme non écrite fut presque unanime, acceptée de la grande majorité.

 

autel-peint-noyal-muzillac-brangolo.jpgMais un effet de lassitude et de banalisation peut se faire ressentir. A force de tout voir, ne finit-on pas par ne plus voir ? Par ailleurs, le fait de remettre en valeur une vénérable tradition liturgique n'est pas interdite par l'intelligence chrétienne ou la légitime créativité.

C'est pourquoi, de temps en temps, je ne serais pas contre une "orient-ation" (au sens propre du mot) du célébrant, pourvu que l'édifice où il célèbre soit lui-même orienté, pourquoi pas pendant le temps de l'Avent ? Ce dernier temps liturgique, à forte dimension eschatologique, nous tourne en effet vers l'avènement du Christ. D'autres temps ou fêtes liturgiques pourraient le permettre. Cela reste à réfléchir.

 

Il reste que l'on imagine les questions que cela peut susciter, surtout pour les générations qui ont connu ce changement il y a bientôt cinquante ans. Mais, pour les nouvelles générations, un peu de débat ou de questionnement dans l'Eglise est de toute façon l'occasion de redécouvrir du sens dans ce que nous faisons.

 

Bien entendu, cela n'est que mon avis, un avis qui peut d'ailleurs évoluer. Personne n'est obligé d'être d'accord avec ce que je viens d'écrire. Merci de réagir à cet article en laissant éventuellement un commentaire ci-dessous.

 

P. Jean Eudes Fresneau

 

 

Voir aussi l'intéressante analyse du P. Paul De Clerck, L'intelligence de la liturgie, Cerf, Collection de recherche du CNPL, 1997, p.167.

 

Voir aussi l'excellent petit livre du P. Louis Bouyer, Architecture et liturgie, qui explique de manière historique et théologique l'orientation.

 

 

Photos : (1) Mgr Centène présidant la messe à l'église de Billiers en 2009. (2) Autel de la chapelle ND de Brangolo à Noyal-Muzillac.

 

Publié dans REFLEXION

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