LES PREMIERS PAS DANS LA FOI POUR LES TOUT-PETITS

Article du Journal LA CROIX daté du 04/09/2009

Les premiers pas dans la foi pour les tout-petits



Plus qu’un simple enseignement, l’éveil à la foi doit être un échange en profondeur entre l’adulte et le jeune enfant



« Notre foi est un peu comme notre langue maternelle : on veut la transmettre à nos enfants parce qu’elle compte dans notre histoire. » Comme de nombreux parents chrétiens, Sylvette et Lilian ont fait de l’éveil à la foi une priorité éducative. Et ils estiment devoir « porter un témoignage » auprès de leurs trois filles, âgées respectivement de 5 ans, 3 ans et 4 semaines. Preuve que la ferveur n’attend pas le nombre des années.

En famille, en paroisse ou à l’école, la rentrée est, de fait, un temps souvent propice pour sensibiliser les tout-petits – entre 3 et 7 ans – à la vie spirituelle. Au niveau diocésain, il n’est pas rare qu’une personne soit spécialement désignée pour suivre cette question au sein du service de catéchèse, signe du soin que l’Église accorde aux plus jeunes, avant l’âge du « caté ». Le Christ lui-même a indiqué la voie : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu. Quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas » (Lc 18, 16).

Faire goûter aux enfants la présence de Dieu… mais comment ? « En étant cohérent avec l’enseignement de l’Église, en vivant notre foi naturellement, mais aussi dans la façon de se comporter en couple, de demander pardon, de parler des autres », répond Sylvette, qui constate que ses filles « relient ces attitudes à l’existence de Dieu ». Bien sûr, le sens des gestes, des rites ou des paroles demande à être expliqué, éclairci.

Mais « dès leurs 3 ans elles commencent à saisir beaucoup », assure cette jeune mère de famille, sans taire les difficultés de l’exercice : la mort du Christ, des prières qui paraissent ne pas être exaucées… « Certaines notions sont loin d’être évidentes ! » Quel animateur n’a jamais trébuché en essayant d’expliquer la Trinité – casse-tête pour tant d’adultes ! – à un jeune auditoire ?

Messe dominicale à l'église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, à Paris (Photo Simon/Ciric).

Introduire l’enfant à l’indicible

« Les enfants ont besoin de réponses simples, courtes, progressives, complétées au fur et à mesure du retour des mêmes questions », analysent la journaliste Joëlle Chabert et le P. François Mourvillier, auteurs d’un ouvrage sur ce thème. À leurs yeux, il serait vain d’esquiver « les questions qui dérangent » : « Ils trouvent le moyen de les poser ! » Sans doute parce que tout enfant, du fait de son conditionnement, est à sa manière un « petit métaphysicien », avec son lot de questions existentielles « sur l’énigme des origines et du devenir », relève la psychologue Danièle Delouvin.

« On sait qu’un enfant ne grandit pas tout seul », rappelle pour sa part le P. Hervé Perrot, aumônier national de l’Action catholique des enfants (ACE), dont les Clubs Perlin proposent aux 6-8 ans une relecture de vie chaque mois. « Même à ces âges, il faut nourrir leur esprit, leur cœur et leur corps », plaide ce prêtre, pour qui « cela dépasse le seul cadre de la religion ». Introduire l’enfant à l’indicible est donc non seulement légitime, mais vital : « En aidant la vie religieuse de l’enfant, loin de lui imposer quelque chose qui lui est étranger, nous répondons à sa demande silencieuse : Aide-moi à m’approcher de Dieu par moi-même », résume la catéchiste Sofia Cavalletti.

Cet éveil à la foi tend à se décliner sous des formes toujours plus diverses : à côté des traditionnels jeux, ateliers manuels et discussions, organisés dans les paroisses et les écoles au fil du calendrier liturgique et lors des célébrations, de nouvelles propositions émergent dans certains diocèses. Ainsi des « enfants adorateurs », ou comment initier les 4-11 ans à l’adoration eucharistique, avec une pédagogie adaptée à cette tranche d’âge : de nombreux parents disent puiser là un outil précieux et un temps privilégié pour accompagner le développement spirituel de leurs enfants.

"On part des questions qu’ils se posent"

« Un peu de temps pour l’intériorité » – c’est aussi ce que propose, d’une manière différente, le bimestriel d’éveil religieux Pomme d’Api Soleil, édité à l’intention des 4-8 ans et de leurs parents. « Ce magazine est conçu comme une pause pour permettre un moment de qualité entre l’adulte et l’enfant, afin qu’il puisse y voir plus clair en lui-même », détaille Marie-Agnès Gaudrat, directrice des rédactions pour les magazines de la petite enfance du groupe Bayard.

Un outil d’autant plus pertinent que la culture religieuse ne coule plus toujours de source au sein des familles. Sur Internet, quelques rares sites se sont créés ces dernières années pour pallier ces carences :
la paroisse de Ribeauvillé (Haut-Rhin), par exemple, a judicieusement mis en ligne tout le savoir-faire acquis depuis quinze ans par son équipe d’animateurs. Signe des temps : cette page Web, qui s’adresse d’abord aux adultes, a dépassé les 200 000 visites !

Quant à Pomme d’Api Soleil, sa formule s’appuie toujours sur la vie des enfants pour les introduire à l’Évangile, à la prière – et jamais l’inverse. « On part des questions qu’ils se posent, en allant du plus extérieur au plus intérieur. L’intériorité, cela se prépare », explique Marie-Agnès Gaudrat. Et l’exemple de l’adulte compte beaucoup : « Son cheminement doit “transpirer” devant l’enfant, au-delà des mots eux-mêmes », appuie le P. Perrot. Ainsi Sylvette : « Les filles sont libres d’écouter, cela se fait de manière naturelle, dans un climat de bonne humeur. »

Chez les protestants, le constat est identique : les enfants sont avides de rencontrer un « Dieu qui les accompagne dans leur vie », observe Ana Aurouze, femme de pasteur adventiste et responsable, pour le sud de la France, du ministère auprès des enfants au sein de son Église. Si les communautés proposent très tôt un apprentissage biblique et des temps de catéchèse avant chaque culte, l’accent est aussi porté sur l’accueil, la bienveillance et le dialogue. « La transmission de la foi n’est pas d’abord une question de savoir, mais de relation », insiste-t-elle. Et Marie-Agnès Gaudrat de renchérir : « On ne parle pas de Dieu “à” des enfants, mais “avec” des enfants ! »