UN PRETRE PEUT-IL REFUSER DE CELEBRER UN BAPTEME ?

C'est parfois un sujet d'actualités médiatiques et c'est heureusement assez rare.
En fait, sauf pour une demande de "rebaptême", un prêtre ne peut pas refuser de célébrer un baptême.
Par exemple, comme le rappelle souvent le pape François, on ne peut jamais refuser un baptême en raison de la situation matrimoniale des parents.   
Quand un prêtre ne souhaite pas célébrer le baptême d'un petit enfant tout de suite, il ne s'agit pas du tout d'un refus, mais d'un acte pédagogique destiné à faire réfléchir les parents afin de leur faire respecter la liberté de leur enfant. En réalité un prêtre peut faire différer la date d'un baptême, imposer un délai pédagogique.
Cela est le cas dans notre doyenné lorsque l'on constate qu'un frère ou une soeur aînée n'a pas été catéchisé, cela malgré les promesses de ses parents au jour de son baptême.
Le baptême du petit frère ou de la petite soeur pourrait dans ce cas être célébré, s'il le souhaite, à l'âge de neuf ans après un an et demi de préparation. En attendant, on pourrait organiser la présentation de l'enfant lors d'une bénédiction à l'église.
 
Faut-il obliger les aînés à être catéchisés à cette occasion ? Non, cela va apparaître comme du chantage et cela va donc à l'encontre de la liberté de l'enfant. Il suffit de constater la manière d'éduquer des parents et prendre acte de la situation. Un enfant doit en effet avoir un minimum d'envie de faire de la catéchèse et d'aller à l'église, cela dépend d'abord de la manière dont les parents s'y prennent.
 
Voici ce que dit un texte officiel de l'Eglise sur cette question :
"Principes de cette pastorale "
"28. Il importe de rappeler d'abord que le baptême des petits enfants doit être considéré comme une grave mission. Les questions qu'elle pose aux pasteurs ne sauraient être résolues que dans une attention fidèle à la doctrine et à l'agir constant de l'Église."
"Concrètement, la pastorale du baptême des petits enfants devra s'inspirer de deux grands principes, dont le second est subordonné au premier:"
1) Le baptême, nécessaire au salut, est le signe et l'instrument de l'amour prévenant de Dieu qui délivre du péché originel et communique la participation à la vie divine: de soi, le don de ces biens aux petits enfants ne saurait être différé."
2) Des garanties doivent être assurées pour que ce don puisse se développer par une véritable éducation de la foi et de la vie chrétienne, en sorte que le sacrement atteigne sa totale " vérité " (37). Elles sont normalement fournies par les parents ou la famille proche, bien que diverses suppléances soient possibles dans la communauté chrétienne. Mais si ces garanties ne sont pas sérieuses, on pourra être amené à différer le sacrement, et on devra même le refuser si elles sont certainement nulles."

"Le dialogue des pasteurs et des familles croyantes
"29. Tenant compte de ces deux principes, la réflexion sur les cas concrets se fera au cours d'un dialogue pastoral entre le prêtre et la famille. Pour le dialogue avec les parents qui sont des chrétiens régulièrement pratiquants, les normes sont données dans les Préliminaires du Rituel. Il suffit d'en rappeler ici deux points plus significatifs."
"En premier lieu, une grande importance est attribuée à la présence et à la participation: active des parents à la célébration; ils ont désormais la priorité sur les parrains et marraines, dont la présence ne cesse pourtant pas d'être demandée, car leur concours éducatif est précieux et éventuellement nécessaire."
"En second lieu, la préparation du baptême tient une grande place. Les parents doivent y penser, avertir leurs pasteurs de la naissance attendue, se disposer spirituellement. De leur côté, les pasteurs visiteront et rassembleront les familles, leur donneront la catéchèse et les avis opportuns, les feront enfin prier pour les enfants qu'elles s'apprêtent à accueillir (38).
Pour déterminer le temps de la célébration elle-même, on s'en tiendra aux indications du Rituel: " Il faut tenir compte tout d'abord de la santé de l'enfant, pour qu'il ne soit pas privé du bienfait de ce sacrement; ensuite de la santé de la mère, afin qu'elle puisse autant que possible être présente à la cérémonie; enfin, pourvu que cela ne constitue pas un obstacle au plus grand bien de l'enfant, de la nécessité pastorale, c'est-à-dire du temps suffisant pour la préparation des parents et l'organisation de la cérémonie, pour que la nature du rite puisse être manifestée de façon adaptée. " Le baptême aura donc lieu sans aucun retard si l'enfant est en péril de mort, ou, normalement, " au cours des premières semaines qui suivent la naissance " (39).

"Le dialogue des pasteurs avec les familles peu croyantes ou non chrétiennes
"30. Les pasteurs peuvent se trouver en présence de parents peu croyants et pratiquants occasionnels, ou même de parents non chrétiens qui, pour des raisons dignes de considération, demandent le baptême pour leurs enfants.
"En ce cas, il s'efforceront - dans un dialogue clairvoyant et plein de compréhension - de susciter leur intérêt envers le sacrement qu'ils demandent, et de les avertir de la responsabilité qu'ils contractent.
"L'Église, en effet, ne peut accéder au désir de ces parents que s'ils donnent l'assurance qu'une fois baptisé, l'enfant pourra bénéficier de l'éducation catholique appelée par le sacrement; elle doit avoir l'espoir fondé que le baptême portera ses fruits (40).
"Si les garanties apportées - par exemple le choix de parrains et marraines qui prendront sérieusement en charge l'enfant, ou encore l'appui de la communauté des fidèles - sont suffisantes, le prêtre ne pourra refuser de procéder sans retard au baptême, comme dans le cas des enfants des familles chrétiennes. Si, par contre, elles ne suffisent pas, il sera prudent de différer le baptême. Mais les pasteurs devront se maintenir en contact avec les parents, de manière à obtenir si possible les conditions requises de leur part pour une célébration du sacrement. Enfin, si même cette solution n'aboutit pas, on pourra en dernier recours proposer l'inscription de l'enfant en vue d'un catéchuménat à l'époque de sa scolarité."
"31. Déjà proposées et entrées en vigueur (41), ces règles appellent quelques éclaircissements. Il doit être clair tout d'abord que le refus du baptême n'est pas un moyen de pression. On ne peut du reste parler de refus, et moins encore de discrimination, mais de délai pédagogique, destiné selon les cas à faire progresser la famille dans la foi, ou à lui faire prendre mieux conscience de ses responsabilités." 

Extrait de : CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, INSTRUCTION POSTORALIS ACTIO SUR LE BAPTÊME DES PETITS ENFANTS, 1980.
 
 
 
Réflexion personnelle :
 
Il faut comprendre au départ que Dieu est Liberté et source de notre liberté. C'est pourquoi Dieu ne force personne à croire en Lui et à obéir en ses commandements. Dès lors, on ne peut forcer personne à devenir chrétien par le baptême, même pas un enfant. Si Jésus aimait beaucoup les enfants et les montrait en modèles, il n'a jamais demandé explicitement qu'on les baptise aussitôt. Jésus lui-même a été baptisé adulte et il a appelé seulement des adultes à le suivre. Il demandait par contre aux adultes de laisser venir à lui les enfants (Mc 10, 14) auxquels le Christ s'identifiait (Lc 9, 48). Ce sont donc les parents qui sont d'abord responsables de l'éducation de leurs enfants. Si la grande Tradition de l'Eglise catholique a toujours admis le baptême des enfants mineurs, c'est parce que leurs parents sont eux-mêmes des disciples de Jésus. Ou c'est, au minimum, parce que ces parents veulent effectivement laisser leurs enfants aller à Jésus en confiant leur éducation chrétienne à la communauté ecclésiale.  Sinon, par respect de sa liberté et de son cheminement personnel, il est préférable que l'enfant choisisse lui-même de devenir chrétien par le baptême. Encore faudrait-il qu'il entende parler de Jésus et de son Evangile grâce à des témoins authentiques de l'Eglise catholique.
Il reste que des parents vraiment convaincus par l'Evangile -des disciples de Jésus - ne tarderont pas à baptiser leur bébé dès que possible (quam primum) . Car comment différer pour son propre enfant ce qui nous apparaît comme le plus important au monde : l'Amour de Dieu et du prochain manifesté en Jésus Christ ?
 
On va peut-être m'objecter alors que je souhaite une Eglise de "purs" ou que les églises vont se vider ? Je réponds d'abord que les protestants évangéliques ne baptisent pas les enfants et pourtant ils touchent les milieux populaires et sont de plus en plus nombreux. De même, en Afrique ou en Asie, l'Eglise catholique ne baptise pas les yeux fermés et les églises se remplissent. Je réponds également - de manière provocatrice - avec saint Jean Chrysostome (IVe siècle) : " Des chrétiens comme nous en voyons tant, provoqueraient moins de blasphèmes s'ils ne l'étaient pas ! Ne nous occupons pas seulement d'augmenter le nombre, occupons nous encore et surtout d'agrandir la dignité de chacun. Que ceci s'accomplisse, et cela s'accomplira bientôt. Que la solidité passe dans nos aspirations avant l'étendue. Le bien entraîne après soi le nombre, et le nombre sans le bien n'est qu'une grande inutilité." (Homélie XXIV, sur les Actes des apôtres). L'attitude négligente de nombreux baptisés qui ne vivent pas en disciples suscite le scandale, c'est malheureusement une réalité de plus en plus actuelle. Les demandes de "débaptisation" sont un signal que notre pastorale actuelle a atteint ses limites. Enfin, n'oublions pas avec Jésus que notre "oui" doit être un "oui" et un "non" un "non". Il en va de la dignité de notre conscience.  
Cette radicalité n'empêche aucunement l'accueil inconditionnel de tous, l'évangélisation et la première annonce, bien au contraire. Témoigner du Christ devient en effet de plus en plus nécessaire. Enfin, contrairement à ce que certains affirment, les enfants non baptisés ne sont pas privés de la grâce de Dieu, car Dieu dans Sa Liberté, peut conférer sa grâce à qui Il le veut, en-dehors même de tout sacrement, bien heureusement ! Les sacrements ne sont pas des actes magiques. Dieu aime infiniment tous les hommes, même les non-baptisés qui sont tous enfants du même Père. Dieu regarde les coeurs et pas seulement ce qui se passe dans nos liturgies. C'est pourquoi je ne refuse jamais les obsèques chrétiennes à un enfant non baptisé, ni même à un adulte dans ce cas-là, si bien sûr telle est sa volonté.
Pour les familles qui ne sont pas suffisamment prêtes à vivre un baptême, je propose désormais une présentation liturgique de leur enfant au Seigneur. Je leur propose également de redécouvrir la foi chrétienne et de cheminer avec le Christ.
 
P. Jean Eudes    
 
Jean-Chrysostome.jpg(Ci-contre, icône de St Jean Chrysostome)
 
Voir cet article sur un site internet othodoxe qui peut aider à dédramatiser.
 
A lire cette méditation du pape François qui invite à ne pas avoir peur de la liberté. 
 
Ce que disent nos évêques :
 Les demandes de sacrement arrivent parfois de manière inattendue ou imprévue. Il ne peut être question de refuser un sacrement à quelqu’un qui en fait sa demande, encore moins si cette personne est handicapée. Une proposition de type catéchuménal permet en revanche d’accueillir les demandes en établissant un délai et une possibilité de cheminement catéchétique entre la demande et la célébration du sacrement" Texte National pour l’orientation de la catéchèse en France et principes d’organisation – Conférence des Evêques de France – novembre 2006, n° 4.3 page 94.
 
 
Un texte intéressant du P. Granet
" Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas…" dit Jésus. Les parents vont découvrir que dans le monde où nous vivons, un piège subtil est dressé pour "empécher" les enfants de venir à Jésus. C’est le piège d’une liberté mal comprise."Mon enfant fera ce qu’il voudra. S’il veut aller au catéchisme, il ira. Mais s’il ne veut pas y aller, nous le laisserons libre." Où est la liberté d’un enfant vers 10 ans?. Les parents ne doivent pas imposer à l’enfant de choisir son éducation. C’est un poids beaucoup trop lourd pour lui. Les parents imposent, en expliquant et en se faisant persuasifs, telle ou telle ligne de conduite à leur enfant. Il devient, progressivement, capable de savoir le bon chemin à suivre. En demandant le baptême pour un petit, on choisit pour lui le chemin de Jésus, donc le catéchisme, la communion etc. Lorsque l’enfant aura grandi et sera capable de choisir son propre chemin (18 ans), il aura intégré les valeurs que les parents auront essayé de mettre dans son cœur ou les rejettera en tout ou en partie. Mais, en attendant, les parents sont responsables de son éducation humaine et religieuse. Demander le baptême pour un petit, c’est s’engager devant Dieu à ne pas "empêcher" cet enfant d’aller vers Jésus par une interprétation mal comprise d’un "je ne veux pas" qui tient plus à "l’air du temps" qu’à une décision personnelle."